Deux heures de fête à Bogota autour du pape François

 

Le pape François est arrivé à Bogota pour un voyage de 5 jours en Colombie après 12h de voyage depuis Rome, ce mercredi 6 septembre 2017, à 23h12 (16h12, heure locale). Il a été accueilli à l’aéroport par le président Juan Manuel Santos Calderon et par sa femme, María Clemencia Rodríguez Múnera, ainsi que par le nonce apostolique Mgr Ettore Balestrero.

Un orchestre symphonique, des enfants, des troupes de danseurs: rien n’avait été négligé pour cette grande fête du pape en Colombie. Une petite fille a réussi, avec audace, à se glisser jusqu’auprès du pape, entouré du président et de sa femme. Le pape l’a bénie et embrassée. Une autre lui a apporté des fleurs rouges. Le pape l’a embrassée et bénie.

Après avoir béni aussi des groupes d’enfants et des personnes handicapées, dont des militaires blessés, et après la présentation de la suite du président et de celle du pape, le pape a pris congé du président et de son épouse pour monter dans une “papamobile” immatriculée – comme c’est la tradition – “SCV 1”, Stato della Città del Vaticano 1 (Etat de la Cité du Vatican 1).

Le pape a été acclamé par une foule immense tout au long du trajet de l’aéroport à la nonciature apostolique qui sera sa résidence jusqu’à dimanche, 10 septembre. Parfois, la foule serrait la voiture papale de si près qu’elle avançait au pas, près de devoir s’arrêter: le pape continuait, souriant, de saluer, de bénir, comme cette petite fille à laquelle il imposait la main en se penchant fort en avant pour l’atteindre… Au détour d’une rue, un ensemble musical, ou des ovations, ou la foule qui scande “Fran-cis-co! Fran-cis-co!” Beaucoup suivaient la papamobile à bicyclette des deux côtés de la voie réservée à la “papamobile” blanche et de la rangée de Colombiens enthousiastes. A la nonciature, le pape, accompagné du cardinal Rubén Salazar Gómez, est monté sur un petit podium revêtu de rouge, pour écouter un rap chrétien, les chants, les tambours et applaudir les danses. Les jeunes, dont beaucoup autrefois dans la rue et dans la spirale de la drogue, ont pris la parole pour témoigner et pour expliquer les cadeaux qu’ils remettaient au pape: un poncho de laine blanche typique de leur pays, fait par eux, pour lui “tenir chaud”, une grosse bougie porteuse de la lumière qui les fait vivre, et un vitrail représentant l’Eucharistie.

Le pape François a salué leur “héroïsme”, leur « vaillance », leur “courage”, les invitant à « continuer » toujours « dans la joie » et « l’espérance »: « Ne vous laissez pas voler votre joie, que personne ne vous trompe, ne vous laissez pas voler votre espérance. » Il a invité la foule à redire avec lui: “Joie et espérance”.

Le pape s’est retiré à la nonciature deux heures après être atterri à Bogota, soit à 1 h 10 (heure de Rome) et 18 h 10, heure de Bogota: la nuit était tombée.

Le prochain rendez-vous du pape François avec les Colombiens est à 9h, heure locale le   jeudi 7 septembre (il sera 16h à Rome et à Paris) . Le pape doit rencontrer les autorités, le  président et se rendre à la cathédrale devant laquelle il bénira la foule, avant de rencontrer les évêques du pays. L’après midi, discours au CELAM, et messe au Parc Simon Bolivar.

le thème de son voyage est « faisons le premier pas ». Le thème de sa journée à Bogota est: « artisans de paix, promoteurs de la vie ».

Avant d’embarquer pour la Colombie, le pape rencontre deux familles éprouvées

Avant de s’envoler pour Bogota (Colombie), de l’aéroport de Rome/Fiumicino, ce 6 septembre 2017, le pape François a reçu deux familles dont les habitations ont été détruites dans les incendies estivaux de Rome, a rapporté le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. Tout comme la halte de prière à Sainte-Marie-Majeure, il est de tradition désormais qu’un groupe de personnes en situation difficile – réfugiés, sans-abri… – salue le pape avant ses déplacements internationaux.

Le pape a reçu cette fois 5 personnes, à la Maison Sainte-Marthe, avant de rejoindre l’aéroport, a précisé Greg Burke : deux familles victimes de l’incendie qui a ravagé le secteur de Ponte Mammolo, au nord est de la Ville éternelle, début juillet.

Lors du dernier voyage, avant d’embarquer pour Fatima (Portugal) en mai 2017, le pape avait rencontré des mères en situation difficile, six femmes « avec des histoires personnelles de souffrance et de malaise ».

Avant de quitter le sol italien, le pape a fait parvenir un télégramme au président de la République Sergio Mattarella, soulignant qu’il se rendait en Colombie « pour soutenir la mission de l’Eglise locale et apporter un message d’espérance ».

Le pape a adressé des vœux pour « le bien-être spirituel, civil et social » de la nation italienne, à laquelle il a donné sa bénédiction apostolique.

Selon la tradition, le pape a adressé des télégrammes aux chefs d’Etat des pays dont il survolait les espaces aériens, notamment la France. Il a exprimé ainsi des « salutations chaleureuses » au président de la République française Emmanuel Macron et aux citoyens français, en assurant de ses prières pour que toute la nation soit « bénie abondamment » par Dieu.

Le pape a souhaité « les bénédictions divines de concorde et de paix » à l’Espagne, dans un message au roi Felipe VI ; et il a envoyé des vœux de « paix et de prospérité » au Portugal, dans un télégramme adressé au président Marcelo Rebelo de Sousa.

Le 20e voyage apostolique international du pape argentin doit le conduire à Bogota, Villavicencio, Medellin et Cartagena. Il doit notamment célébrer une « Grande rencontre de prière pour la Réconciliation nationale ». Le pape a plusieurs fois confié

son souhait d’encourager le processus de paix entamé dans le pays entre le gouvernement et les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Il doit aussi béatifier deux martyrs colombiens : Mgr Jesús Emilio Jaramillo Monsalve (1916-1989), évêque d’Arauca, et le prêtre diocésain Maria Ramírez Ramos (1899-1948).

 

Le pape en Colombie pour aider à « aller de l’avant » vers la paix

Le voyage apostolique du pape François en Colombie est « un peu spécial » parce qu’il a pour but « d’aider à aller de l’avant sur le chemin de la paix ». C’est ce qu’a expliqué le pape aux médias, dans l’avion qui le menait de Rome à Bogota, le 6 septembre 2017. Il leur a demandé de prier pour cela pendant le voyage. Le pape a salué les journalistes qui l’accompagnent durant ce 20e déplacement international : « Merci pour votre compagnie et pour le travail que vous ferez ; merci de m’accompagner », leur a-t-il dit. Il leur a demandé de prier aussi pour le Venezuela, qui sera survolé durant le vol, « pour que l’on puisse arriver au dialogue et pour que le pays retrouve une belle stabilité par le dialogue avec tous ».

D’après L’Osservatore Romano, la suite papale compte une vingtaine de personnes, parmi lesquelles le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin, Mgr Angelo Becciu, substitut de la secrétairerie d’Etat, Mgr Ruiz Arenas, secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, Mgr Dario Viganò, préfet du Secrétariat pour la communication (Spc), Mgr Guido Marini, maître des Célébrations liturgiques pontificales, le jésuite Antonio Spadaro, directeur de la Civiltà Cattolica, le secrétaire de la Commission pour l’Amérique latine Guzman Carriquiry, le médecin personnel du pape Fabrizio Soccorsi, ses majordomes, ainsi que le directeur du Bureau de presse Greg Burke.

Colombie : les quatre villes que visitera le pape

  • Bogotá

Le pape François arrivera dans la capitale colombienne, Santé Fé de Bogotá, siège du Gouvernement et siège du Conseil épiscopal d’Amérique latine et des Caraïbes (Celam), né sur la décision de Pie XII après la première assemblée générale des épiscopats de la région (22) en 1955. Dans cette ville, le pape aura les traditionnelles rencontres protocolaires avec les

autorités du Gouvernement, avec le Corps diplomatique et des représentants de la société civile. Des rencontres sont prévues avec des responsables des anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et avec de nombreuses victimes du conflit. On peut prévoir la présence de représentants de Cuba, de Norvège, du Chili, du Venezuela, des Etats-Unis, de l’Union européenne et d’autres, qui ont depuis toujours accompagné les négociations de La Havane entre le Gouvernement et les Farc.

  • Villavicencio

La ville, située à 75 kilomètres au sud-est de la capitale à vol d’oiseau (par la route, 115 kilomètres), est connue comme le « coeur de la Colombie orientale », véritable écrin écologique. Depuis toujours, les évêques de l’archidiocèse – l’actuel étant Mgr Oscar Urbina Ortega – ont maintenu vivant parmi les communautés ecclésiales un fort engagement social avec de très nombreuses activités orientées à la promotion et au développement humain durable. Le fleuve qui la traverse, Guatiquia, a donné à la ville une remarquable importance commerciale qui soutient l’économie locale, en substance agricole. La vocation agro-industrielle de la ville, dans le département de Meta, est d’une importance fondamentale pour l’économie colombienne. Villavicencio a été dans le passé fortement impliquée dans le conflit armé intérieur et pas seulement celui avec les Farc mais aussi au cours de la période précédente, après l’assassinat (1948) du chef catholique libéral Jorge Eliécer Gaitán dont on rappelle chaque année le sacrifice, tout comme on rappelle chaque année les victimes de la guerre qui s’est conclue avec les récents Accords. Il y a des années, le président C. Gaviria d’alors choisit Villavicencio, en 2012, pour célébrer la « Journée nationale de la mémoire et de la solidarité avec les victimes » (le 9 avril). Une forte communauté monfortienne (fondée par saint Louis-Marie Grignon de Montfort) est active à Villavicencio.

  • Medellín

Ville réputée dans la vie de l’Église latino-américaine parce que la première à accueillir, avec la capitale, la visite d’un pape dans la région : Paul VI. Le pape Montini y a séjourné quelques heures en 1968 pour ouvrir les travaux de la IIème Conférence

générale de l’épiscopat latino-américain (11-18 août). Le 24 août 1968, c’est là qu’il a prononcé son fameux discours, dont on se souvient encore, sur les « Trois orientations » avant d’inaugurer le nouveau siège du Celam. Sa présence, accueillie par une énorme participation de la population, fut aussitôt associée à l’encyclique Populorum progressio (26 mars 1967) qui avait eu un énorme impact sur la région et dans les Églises locales. Il fut accueilli, il y a 49 ans, avec des bannières sur lesquelles on pouvait lire des phrases de ce document, en particulier : « Les peuples de la faim interpellent aujourd’hui de manière dramatique les peuples de l’opulence ». Désormais, en Amérique latine, les paroles conclusives de l’encyclique devinrent une sorte de manifeste : « … si le développement est le nouveau nom de la paix, qui ne voudrait y coopérer de toutes ses forces ? Oui, tous : nous vous invitons à répondre à Notre cri d’angoisse, au nom du Seigneur ».

Aujourd’hui, cette ville et ce diocèse guidé depuis 2010 par Mgr Ricardo Antonio Tobón Restrepo, ont payé un prix du sang terrible durant les années du conflit. Parmi les victimes, prêtres, religieuses et catéchistes. (L’évêque d’Arauca, Mgr Jesús Emilio Jaramillo, fut séquestré, torturé, traduit en justice et tué le 2 octobre 1989 et Mgr Isaías Duarte Cancino, archevêque de Cali, fut tué le 16 mars 2002). Dans le passé, mais aussi aujourd’hui, bien qu’en diminution, le pouvoir des cartels de la cocaïne a imposé sa propre loi, générant une spirale de violence qui semblait impossible à arrêter.

  • Cartagena des Indes

La Colombie, pays bi-océanique, donne sur la Mer des Caraïbes avec plusieurs villes importantes. La plus connue, joyau de l’Unesco, est Carthagène des Indes, capitale du département de Bolivar, siège stratégique du colonialisme espagnol où arrivaient les Africains capturés pour être vendus comme esclave dans le Nouveau Monde. Actuellement, depuis 2005, l’archevêque métropolitain du diocèse est Mgr Jorge Enrique Jiménez Carvajal. Pendant des années, la ville fut le marché le plus important pour l’achat et la vente d’esclaves afro-américains. Depuis sa fondation, en 1533, sur la volonté de Pedro de

Heredia, le lieu apparut comme un nœud stratégique pour le colonialisme de l’époque.

La figure du missionnaire jésuite saint Pierre Claver, l’apôtre des esclaves, est liée à la ville où furent signés les accords de paix entre le président Santos et l’ex guérilla des Farc (soumis après un référendum). Pierre Claver vécut et travailla ici de nombreuses années et se consacra entièrement à assister et à sauver les esclaves africains amenés en Amérique.

Les accords de paix entre le gouvernement et les FARC furent signés le 26 septembre 2016, en présence du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État, sur la place devant l’église qui conserve les reliques de saint Pierre Claver. Le choix de cette ville a une signification importante, a déclaré publiquement le président colombien en rappelant que « saint Pierre Claver a été proclamé défenseur des droits de l’homme et, dans ce processus (de négociation), les victimes et leurs droits ont été mis au centre. C’est pourquoi nous avons choisi Carthagène des Indes, ville où vécut et mourut le saint jésuite espagnol ».