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16. févr., 2017

Pourquoi n'osez-vous pas frapper en premier lors d'une altercation ?

Pourquoi attendons-nous souvent que l'agresseur nous frappe pour riposter ? Franck Ropers nous donne quelques éléments de réponse et cela serait purement mental et psychologique. Franck Ropers est un expert en self-défense qui partage son savoir et son expérience pour permettre à tous de gérer une agression. Il partage ses connaissances via les réseaux sociaux mais surtout sur Youtube où il vient de passer les 300 000 abonnés. Ce qui fait la différence dans un combat, dans une agression ou une altercation musclée, c'est le mental. D'après cet expert, la part technique d'un combat est de 20 à 30%. Le reste n'est que mental et psychologie. Le blocage qui nous empêche de frapper peut être un réel problème et nous mettre en danger.

Un blocage lié à notre conditionnement.

La peur de faire mal est liée à notre éducation. Une éducation parentale qui nous a inculqué le dialogue peut nous bloquer quand on a passé le point de non retour et que le risque de se faire agresser grandit. Dans ce cas là, il est difficile de temporiser, de chercher à apaiser la chose car on risque tout simplement de mettre en confiance notre agresseur et de se faire frapper. De plus, il ne faut pas attendre que les témoins interviennent.

Le syndrome du "témoin" est très fréquent, les gens qui voient une agression ne réagissent souvent pas. Il ne faut donc pas attendre qu'ils agissent, on ne peut compter que sur soi. Agir, ce n'est pas simplement parer ou bloquer les coups. Bloquer c'est ne pas se laisser faire et répondre graduellement à l'agression. Ne pas laisser votre agresseur prendre l'ascendant sur vous.

Se laisser faire, subir une agression c'est laisser son agresseur prendre un ascendant psychologique sur vous. Ne pas oser frapper, c'est le mettre dans une situation de domination. Egalement, le laisser mener l'échange, vous toucher ou bien encore vous frapper le premier, c'est lui donner l'impression qu'il vous domine et peut faire ce qu'il veut de vous. Il ne faut pas hésiter à répondre et prendre les devants. La cible d'une agression est souvent choisie par son agresseur du fait de sa fébrilité ou de l'image qu'elle renvoie. Se sentir bien, ne pas se rabaisser et répondre vous remet dans une position de domination.

Rappelons que le mental tient une part plus importante dans une confrontation physique. Il est donc important d'avoir confiance en soi et de pouvoir répondre physiquement à une agression. Franck Ropers nous l'enseigne, et nous permet de répondre à toutes les agressions auxquelles on peut être confronté. 

11. févr., 2017

La Corée du Sud est en ébullition. Des centaines de milliers de personnes ont défilé toute la fin de l’année dernière au cœur de Séoul pour demander la démission de leur présidente Park Geun-hye. Les grands patrons des puissants conglomérats comme Samsung, Hyundai ou Daewoo sont visés par des enquêtes de corruption et certains ont été condamnés. Une élection présidentielle imminente aiguise les appétits des politiques de l’opposition, qui voit d’un mauvais œil le retour au pays de l’ex-secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon sur le point d’annoncer sa candidature. Le destin de Park Geun-hye – déjà destituée par le Parlement – ne tient qu’à un fil.

Peu importe : en digne héritière de son ancien dictateur de père Park Chung-hee, la présidente et son équipe brandissent depuis deux mois la menace nucléaire et militaire nord-coréenne, dans l’espoir d’orienter les esprits vers le « vrai danger » qui menace la nation, et donc de les distraire des vicissitudes intérieures.

Le stratagème de l’épouvantail nord-coréen a fonctionné durant des décennies. Pour la République de Corée (ROC) nom officiel de la Corée du Sud, la cible la plus facile et évidente est sa voisine, la République populaire et démocratique de Corée (RPDC), nom officiel de la Corée du Nord. « Tous les dictateurs sud-coréens soutenus par les Américains depuis la fin de la guerre de Corée en 1953 ont maintenu l’ordre et la répression en entretenant la haine envers la Corée du Nord », explique, lucide, Magdalena, 60 ans, née quelques années après la fin de la guerre.

Cette ancienne ouvrière d’une usine textile qui a réussi à ouvrir sa petite boutique dans un marché de Séoul, militante de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), a connu tous les régimes militaires de 1953 à 1987, et a vu naître la démocratie en Corée du Sud. « Tous les généraux ont systématiquement utilisé le voisin communiste nord-coréen pour justifier leurs abus contre les libertés individuelles ou les répressions antisyndicales afin d’enrichir les grands conglomérats », raconte-t-elle, assise devant sa machine à coudre en raccommodant un manteau. « Aujourd’hui, ce que ne réalise pas notre présidente déjà destituée par le Parlement,c’est que les Sud-Coréens n’ont plus peur du leader Kim Jong-un au pouvoir à Pyongyang, insiste Magdalena, dont le mari a été plusieurs fois arrêté par la police dans les grands mouvements de protestation syndicaux des années 1970. Séoul nous parle d’une attaque nucléaire dirigée contre nous, mais personne n’y croit plus car cela ne se fera jamais. »

Un tel discours de la part d’une femme ayant connu les nombreux régimes politiques sud-coréens successifs marque un profond changement dans l’attitude de la population du Sud vis-à-vis du voisin communiste. Ainsi, en dépit des cinq essais nucléaires menés par Pyong­yang depuis 2006 (lire ci-dessous) et des dizaines d’essais de missiles balistiques censés, selon le discours officiel, viser Séoul et les intérêts américains, l’opinion publique sud-coréenne, et surtout les jeunes, n’y voit que propagande et manipulation.

« Les ministres de Park Geun-hye, ses députés et conseillers ne cessent d’accuser les millions de manifestants d’être manipulés par le régime de Kim Jong-un à ­Pyongyang, dont le seul objectif serait de la renverser », explique en s’esclaffant Joo Nye, diplômé de sciences politiques et jeune attaché parlementaire depuis un an. « C’est absurde, car tout le monde voit bien qu’il s’agit pour elle d’utiliser l’argument ultime du Nord pour sauver son poste, mais cet épouvantail historique n’effraie plus personne. » Ainsi, à chaque annonce d’un tir de missile ou d’un essai nucléaire, les Sud-Coréens ne s’émeuvent même plus, bien plus préoccupés par leur emploi et par la situation économique qui se dégrade.

« Depuis notre enfance nous entendons les mêmes messages venant du gouvernement mais nous sommes fatigués de la Corée du Nord, des histoires de missiles et de guerre », s’exaspère Hahn, 24 ans, diplômé en relations internationales à l’Université Yonsei et très engagé dans l’action sociale. « Contrairement à nos parents qui ont connu les dictatures qui les manipulaient facilement car il n’y avait pas de télévision, de téléphone, d’Internet et de réseaux sociaux, on ne se sent pas concernés. On entend la même chose depuis le premier essai nucléaire en 2006 mais nous savons que nous ne sommes pas la cible de Pyongyang, ce sont les Américains. Ils n’oseront jamais tirer sur le Sud. »

Pour le journaliste Choi Gyeong-yeong, 45 ans, ancien reporter licencié de la télévision publique car il refusait de « servir la propagande officielle au public », la Corée du Nord « a toujours été associée à la violence et l’agression dans notre imaginaire. Nous avons été éduqués ainsi à l’école et dans nos livres d’histoire. La Corée du Nord, pays frère, a toujours été l’ennemi, alors ce n’est pas facile de remettre en cause ce lavage de cerveau. Mais l’accès à l’information étrangère nous permet de mieux connaître la vraie histoire. Du coup la réalité de la relation avec le Nord en fait un voisin “coréen” mais auquel nous ne nous sentons plus aussi liés. C’est un autre pays. »

Moins idéologiques, soucieux d’abord de leur avenir et de trouver un job, les jeunes perçoivent la Corée du Nord comme un pays étranger avec lequel il est impossible de renouer. « Le rêve de la réunification a vécu, souligne encore Jero Yun, jeune cinéaste de 34 ans formé en France. Pyongyang comme Séoul utilisent ce mythe à des fins de propagande intérieure. » Ainsi, plus la séparation s’impose, plus la sensation de danger s’éloigne. Comme si l’idée de fraternité avait artificiellement nourri la paranoïa.

« Je n’ai jamais senti de lien particulier avec la Corée du Nord depuis mon enfance, raconte par exemple Lee Oh, jeune styliste de 24 ans à Séoul. Pire encore, j’ai compris que je vivais dans un pays divisé en voyageant à l’étranger : lorsqu’on me demande mon pays, et que je réponds, “je suis coréenne”, on me demande “du Nord ou du Sud ?” » C’est là que la jeune femme a compris « qu’il y avait un autre pays ». Elle avoue ne se sentir aucune affinité avec ce Nord « où nous n’avons pas le droit d’aller, c’est surréaliste : je me sens plus connectée avec l’Europe qu’avec la Corée du Nord… » Et pourtant son grand-père est de Corée du Nord et cette branche de la famille vit toujours au Nord. « On a reçu des lettres de là-bas grâce au CICR, mais pour moi cela reste irréel. C’est peut-être pourquoi je ne redoute pas de guerre avec le Nord. »

Ni la présence de 30 000 soldats américains sur le territoire sud-coréen, ni l’installation de bases de missiles Patriot, ni la prochaine mise en place d’un système de défense antimissiles nord-coréen ne sont synonymes d’un « état de guerre » entre les deux pays, alors que c’est le cas « techniquement ». Seul un armistice a été signé en 1953 et non un traité de paix. La rhétorique guerrière du jeune leader Kim Jong-un, menaçant du prochain lancement d’un missile intercontinental, ne semble plus effrayer grand monde. « La société coréenne a beaucoup changé ces dix dernières années, assure encore Choi Gyeong-yeong, et les deux derniers gouvernements très anti-Pyongyang ont trop abusé de la menace nord-coréenne. Mais un dérapage militaire des deux côtés de la frontière reste toujours possible. Cependant, ce dont je suis certain, poursuit-il, c’est que l’opinion publique sud-coréenne ne se laissera plus manipuler par des hommes politiques en qui elle n’a plus confiance. »

7. févr., 2017

Le Point : En tant que grand défenseur de la République, quelle est votre réaction au Penelopegate ?

Jean-Louis Debré : Surprise, tristesse, inquiétude et doute sont les quatre mots qui me viennent à l'esprit. Dans cette affaire, il y a plusieurs niveaux de lecture. Concernant l'emploi d'assistant parlementaire et celui de salariée de La Revue des deux mondes, c'est à la justice d'établir la matérialité des faits et de qualifier l'infraction à la loi, de dire s'il y a eu ou non emploi fictif. Il y a aussi une lecture politique. Les révélations de cette affaire constituent une déflagration médiatique et provoquent une onde de choc politique, dont il est difficile de mesurer encore toutes les conséquences.

Le problème est que le temps de la justice n'est pas le même que celui de la politique. C'est d'autant plus vrai que nous sommes à 80 jours de l'élection présidentielle et surtout à quelques jours du début de la collecte des parrainages pour pouvoir faire acte de candidature à cette élection. Sans ces parrainages, il n'est pas possible de participer au scrutin présidentiel.

Un tel scandale n'est-il pas finalement lié à notre système ?

Vous voulez dire à la possibilité pour un parlementaire d'embaucher comme collaborateur un membre de sa famille ? Peut-être. Mais c'est plus compliqué, me semble-t-il. Pour le seconder dans sa mission de parlementaire, le député ou le sénateur doit-il être libre d'embaucher la personne de son choix ? La réponse est évidemment affirmative. Mais ce n'est pas cela qui constitue le vrai débat. Le collaborateur se doit d'effectuer un travail réel et non occuper fictivement un tel emploi. Ce que l'on reprocherait à madame Fillon, et à ses enfants, c'est d'avoir été rétribués sur des fonds publics pour un travail fictif. Voilà ce qui tombe sous le coup de la loi. Mais c'est à la justice de dire si ces faits sont avérés. La loi sur la transparence financière a fixé un plafond de rémunération pour les collaborateurs familiaux qui effectuent un travail effectif.

La perquisition dans le bureau de François Fillon à l'Assemblée était-elle nécessaire ?

Elle a été requise par la police sous la responsabilité de l'autorité judiciaire qui l'a estimée nécessaire, elle a été permise par le président de l'Assemblée nationale qui a considéré qu'il devait l'autoriser. Il semble, d'après les informations de presse, qu'elle ait été utile…

Certains disent que la rapidité de cette enquête est suspecte...

Soyons sérieux. Vous ne pouvez pas demander, comme l'a fait François Fillon, avec raison, que la justice se prononce le plus vite possible, et lui reprocher la promptitude de ses investigations.

Madame Fillon n'avait pas de « laissez-passer » pour entrer dans les locaux du Palais-Bourbon ? Est-ce normal ?

Si ce qu'on affirme est exact, c'est effectivement surprenant. Ne serait-ce qu'au regard des questions de sécurité. Donc la perquisition a apporté un élément intéressant pour l'enquête.

Avez-vous le sentiment que la défense de Fillon est efficace ?

Elle n'en donne pas l'impression, car la polémique continue, les faits révélés sont difficiles à contester politiquement. Beaucoup d'imprécisions, de contradictions dans les déclarations des intéressés, qui laissent planer des doutes. Il n'y a rien de plus terriblement déstabilisant, en politique, que la persistance du doute.

Lire aussi Penelope Fillon : « Je n'ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre »

Quand vous étiez président de l'Assemblée nationale, avez-vous été informé que madame Fillon était collaboratrice de son mari ?

Pensez-vous que le président de l'Assemblée nationale connaisse le nom des collaboratrices et collaborateurs des 577 députés ? Assurément, non. Il me semble d'ailleurs qu'alors son mari n'était pas député, mais ministre, et n'avait plus droit à des collaborateurs à l'Assemblée nationale.

Savez-vous qui est à l'origine des révélations sur François Fillon ?

Je n'en ai pas la moindre idée. Mais à qui cela profite-t-il ? Là encore, ce n'est pas la première question que l'on doit se poser. Il est plus important de savoir s'il y a eu emploi fictif, si l'infraction à la loi est établie.

Le Conseil constitutionnel, sous votre présidence, a annulé les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy...

Il n'y a rien de comparable. Le Conseil constitutionnel, sur appel de l'ancien président de la République, devait dire si la décision de la Commission nationale des comptes de campagne, qui avait réformé ses comptes et les avaient rejetés pour dépassement du montant autorisé, avait fait une juste appréciation de la réalité. À la suite de cet appel, nous avons considéré qu'effectivement, le montant des dépenses électorales du candidat Sarkozy avait dépassé le plafond donnant droit à un remboursement des frais engagés. Nous avons donc appliqué les prescriptions de la loi.

François Fillon doit-il, selon vous, renoncer à se présenter ? Dans l'affirmative, qui doit le remplacer ?

Franchement, ce n'est pas à moi de répondre à cette question, c'est à François Fillon lui-même. Mais il convient d'être fixé rapidement, la collecte des parrainages débute prochainement.

Que pensez-vous du processus des primaires ?

Rien de bien positif. Le mandat du chef de l'État étant de cinq ans, entre le temps de constituer son équipe gouvernementale, les élections législatives qui sont organisées à la suite de l'élection présidentielle, voilà six mois où il n'est pas possible de conduire des réformes. Ajoutez à cela la paralysie politique et administrative près de dix mois avant la fin du quinquennat et vous constaterez qu'il ne reste que peu de temps au président de la République, au gouvernement et à la majorité parlementaire pour agir efficacement. L'élection présidentielle est une rencontre entre une personnalité et les Français et Françaises pour la France. Elle doit se situer en dehors du jeu des partis politiques. Le candidat à l'Élysée doit s'adresser non pas aux militants des partis, mais à tous les Français. Le président de la République dirige et incarne la France, il est élu pour rassembler tous les citoyens et citoyennes et non pour représenter un parti politique quel qu'il soit.

Dictionnaire amoureux de la République, de Jean-Louis Debré (Plon, 720 pages, 25 euros).

7. févr., 2017

Caroline Saliou, présidente de l’Apel, avait, la première, brisé le tabou, le 25 janvier dans nos colonnes : elle avait déclaré vouloir « faire évoluer » la répartition des moyens enseignants entre public et privé. En ligne de mire : l’accord tacite passé en 1992 entre le ministre de l’éducation Jack Lang et le secrétaire général de l’enseignement catholique, le P. Max Cloupet, accord qui réserve 80 % des postes au public et 20 % au privé.

La position de Caroline Saliou est désormais partagée par le secrétariat général de l’enseignement catholique (Sgec), qui jusqu’ici s’était toujours prononcé pour un statu quo. Le Sgec dévoilera à la fin du mois une série de propositions sur l’école à destination des candidats à la présidentielle. Dans cette contribution, il demandera que soit « reconsidérée la règle du 80-20, parce qu’elle ne permet plus de répondre à la demande des familles ».

L’ancien secrétariat général parlait en 2011 de 30 000 à 40 000 inscriptions refusées chaque année. L’actuel renonce, lui, à chiffrer ces refus car il est courant qu’une famille dépose simultanément des candidatures dans plusieurs écoles. En tout cas, les chiffres du ministère sont là pour attester le succès croissant du privé (lire les repères).

Pour comprendre le changement de position de l’enseignement catholique, qui fait redouter à certains de ses cadres l’entrée dans une zone de turbulences, il faut remonter aux sources du « 80-20 ». Adoptée dans un contexte de poussée démographique, la loi Debré de 1959, qui définit le contrat d’association entre l’État et les écoles privées, prévoit la mise à disposition de moyens enseignants pour répondre à un « besoin scolaire reconnu ». Or, en 1985, la règle des crédits limitatifs vient restreindre l’octroi de postes au privé. S’ensuit une longue négociation qui débouchera sur les accords Lang-Cloupet.

Aujourd’hui, plaide l’enseignement catholique, « ce compromis technique ne permet plus de tenir compte de la réalité du besoin scolaire ». Et un haut responsable du Sgec de prendre au mot les candidats à la présidentielle qui, unanimement, disent vouloir « en finir avec les vieilles recettes ».

Pourquoi l’enseignement catholique réclame-t-il une sortie du cadre actuel, alors qu’il scolarise moins de 20 % (16,9 %) des élèves ? « Si nous pouvions répondre à toutes les demandes, ce pourcentage serait bien plus élevé », argumente ce même membre du Sgec.

Des arguments qui ne convainquent pas la sénatrice PS de la Gironde Françoise Cartron. « À vouloir bousculer l’équilibre existant, surtout en période électorale, on risque de réintroduire des crispations de part et d’autre. Et si l’on veut poser cette question alors que les moyens sont contraints, il faut aussi s’interroger sur l’opportunité de continuer à aider certains établissements catholiques dénués de mixité sociale », estime-t-elle.

Secrétaire générale adjointe du parti Les Républicains et membre de l’équipe Fillon, Annie Genevard voit la situation d’un autre œil. « Tant que l’enseignement catholique n’était pas demandeur d’un changement de règles, nous n’envisagions pas de revisiter l’accord. Aujourd’hui, la position nouvelle de l’enseignement catholique modifie le contexte. Nous ne sommes pas hostiles à une évolution du 80-20 pour répondre au passage massif d’élèves du public vers le privé. »

Il s’agit, estime cette ancienne enseignante, d’« assurer aux familles une liberté de choix qui aujourd’hui n’est pas effective puisque certaines d’entre elles ne peuvent pas inscrire leur enfant dans le type d’établissement souhaité ». Annie Genevard estime qu’il faut, en parallèle, « élargir l’offre éducative en rendant possible un financement du privé hors contrat du type Espérance banlieues (1), qui respecte le socle commun et les valeurs de la République ». Certes, reconnaît-elle, le hors contrat reste marginal (56 000 enfants scolarisés). Mais sa percée est « un signal faible à prendre au sérieux ».

Une solution, avancent certains, consisterait à financer en plus ou moins grand nombre des postes d’enseignants destinés spécifiquement à renforcer, par exemple, les écoles des banlieues défavorisées ou des zones rurales. Le public et le privé, sous contrat comme hors contrat, seraient éligibles à ces financements. Il faudrait alors, a minima, espère l’enseignement catholique, que les postes concernés n’entrent pas dans le calcul du 80-20.

L’évolution des effectifs

Selon une note du ministère de l’éducation publiée en décembre, les effectifs du primaire ont augmenté dans le secteur public de 0,4 % à la rentrée, tandis que ceux du privé grimpaient de 1,6 %.

Au collège, le nombre d’inscrits a grimpé de 0,9 % dans le privé, quand le public a vu ses effectifs se réduire de 0,4 %. L’enseignement catholique scolarise 13 % des élèves du primaire et 21 % de ceux du secondaire.

2. févr., 2017

Entretien avec Bernard Toulemonde

 Ancien recteur et directeur général de l'enseignement scolaire, Bernard Toulemonde nous livre des pistes de réflexion sur le recrutement et la notation des enseignants, la décentralisation...

Bernard Toulemonde : Nous constatons une pénétration croissante des collectivités territoriales au sein des établissements scolaires, avec de nouveaux transferts
 de compétences en particulier dans le numérique. C'est extrêmement important, car le numérique touche à la pédagogie et que l’objectif est de moderniser cette dernière. Parallèlement, les régions ont
 été dotées de nouvelles compétences,
 par exemple en ce qui concerne la carte de l'enseignement professionnel, l'orientation, le schéma régional de l’enseignement supérieur et de la recherche. Évidemment, nous assistons à un changement progressif des relations des collectivités territoriales avec l'État (via les autorités académiques) et les EPLE (établissements publics locaux d'enseignement), ce qui fait que nous sommes de plus en plus dans un ménage à trois. Cela nous oblige à nous interroger sur le fonctionnement de cet ensemble.
 Le contrat tripartite, qui consiste à dessiner les relations entre ces trois entités, est l’une des réponses possibles. En fait, le problème qui n’est pas réglé et qui va se poser, c’est celui des relations entre les autorités académiques et les collectivités. N’oublions pas que, depuis les conflits universitaires du Moyen Âge, les premières sont totalement indépendantes, y compris du préfet.

Alors, comment rénover ces relations ? 
À l’heure actuelle, il existe bien un conseil académique de l'Éducation nationale et des conseils départementaux, mais ce ne sont pas vraiment des lieux de travail en commun. Cela sert d’exutoire où les uns
 et les autres posent leurs revendications. On a donc pensé résoudre cette question en mettant en place des « conférences territoriales » entre les interlocuteurs (autorités académiques, collectivités territoriales et préfet de région) et même, en allant plus loin, à nous diriger
 vers un « établissement public régional d'enseignement » dont le recteur 
serait le directeur et dont le conseil d’administration comprendrait le préfet de région, le président de région, les présidents de département, des représentants
 des acteurs et usagers de l’éducation, etc.
 La loi de refondation est une nouvelle étape de mesures de décentralisation, elle induit nécessairement de nouveaux modes de relations avec les établissements scolaires, et entre les autorités académiques et les collectivités territoriales.

Mais l’acte III n’est apparemment pas achevé, au vu du projet de fusion des régions et de disparition
 des départements. Le texte de loi déposé prévoit que la gestion des collèges soit transférée aux régions, ce qui est une mesure de simplification (l’ensemble de la scolarité secondaire relevant des régions), mais qui pose néanmoins un problème : la question du socle. Cette question pédagogique se dessine depuis un certain nombre d'années, d’un côté « l'école du socle » (primaire et collège, c’est-à-dire la scolarité obligatoire), de l’autre le lycée et l'enseignement supérieur (bac -3 / bac +3). Le système éducatif évoluait donc vers une nouvelle césure entre le collège et le lycée, mais apparemment la loi sur la réforme territoriale ne va plus dans ce sens.
 Quoi qu’il en soit, les collèges ont besoin d'une gestion de proximité ; alors comment faire quand nos régions seront beaucoup moins nombreuses ? L’avantage de la décentralisation deviendra un désavantage pour les chefs d'établissement. Des régions plus étendues éloigneront les établissements scolaires des centres de décision, des élus...

La signature d’un contrat tripartite entre EPLE, autorité académique et collectivité va nécessiter concertation et dialogue pour aboutir à des projets éducatifs cohérents. S’agira-t-il d’un véritable partenariat ou la voix de l’État demeurera prépondérante ?

BT : Nous devons effectivement nous poser la question de l’évolution de ces contrats. Parler de contrats tripartites est un raccourci, une commodité de langage. En réalité, dans la loi il est prévu qu’une collectivité territoriale, si elle le souhaite, puisse également signer les « contrats d'objectifs » passés entre l'autorité académique et l'établissement scolaire. Nous voyons très bien que la philosophie de la loi marque la prépondérance de
 la relation de l'État avec l'établissement scolaire. Il faudra donc voir comment cela évoluera.

« La profession d’enseignant a complètement changé. Aujourd’hui, c'est devenu un métier de communicant. »Avec ces contrats tripartites, la position des collectivités territoriales s’avère très variable. Les régions, par exemple, souhaitent véritablement nouer un partenariat avec les établissements scolaires et les autorités académiques, y compris sur les objectifs pédagogiques. De leur côté, les départements se montrent plus timides. Quant aux autorités académiques, certaines tardent, traînent, alors que d’autres sont partantes. Quoi qu’il en soit, les chefs d'établissement sont très preneurs de
 ces partenariats, car cela leur permet d'assurer la cohérence des projets et
 des moyens accordés à leur établissement par l’État et les collectivités territoriales
 et renforce leur autonomie.

Jusqu’à présent, les collectivités avaient en charge le financement des établissements scolaires ainsi que certaines missions de service public (restauration, entretien, etc.). Avec le contrat d’objectifs tripartite, elles entrent dans une nouvelle dimension éducative et pédagogique. Une source potentielle de conflits avec les enseignants ?

BT : Effectivement, nous pouvons nous interroger sur ce point-là. Les collectivités territoriales, tout du moins une partie d’entre elles, sont déjà rentrées en pédagogie. Ce n’était pas prévu par les textes, mais elles ont financé des tas de choses dans les établissements scolaires comme par exemple les voyages à l’étranger ou l’apprentissage des langues. Et dans le numérique, elles n’ont pas attendu la loi de 2013. De fait, certains élus estiment qu’ils ne sont pas là pour participer uniquement au financement des établissements scolaires. Le président du conseil général du Nord, Patrick Kanner, avait par exemple déclaré – avant d’être récemment nommé ministre – que les élus n’étaient pas là que pour fournir de beaux collèges et de bons repas ; ils sont également là pour être « co-éducateurs ».

Il me semble donc que les collectivités exercent une pression : étant donné qu’elles financent, elles veulent aussi des résultats sur le plan pédagogique. Avec ce
 contrat tripartite, elles bénéficieront
 d’un instrument pour discuter
 des objectifs éducatifs et pédagogiques
 des établissements scolaires.
 Alors quelles réactions à l’intérieur du système ? Depuis deux siècles, l'Éducation nationale connaît une tradition d'isolationnisme. Les établissements scolaires sont des sanctuaires dans lesquels on vit en-dehors du monde. Mais cette représentation est en train de voler en éclats. Les établissements sont désormais en relation avec les élus et les forces vives de leur environnement. Je pense que les chefs d'établissement sont assez ouverts à cela, parce qu’ils y voient tous les avantages
 qu’ils peuvent en tirer. En revanche,
les enseignants, c’est une interrogation. Depuis 1981, la majorité des syndicats de l’Éducation nationale sont en effet hostiles à la décentralisation. Néanmoins, il me semble que les professeurs au sein
 des établissements voient à l’œuvre
 les collectivités territoriales. L'évolution des esprits paraît donc en cours.